March 2011
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Il y a quinze ans, presque jour pour jour, Denim publiait son deuxième album, Denim on Ice. C’était comment ? C’était comme ça (texte originellement publié dans magicrpm) …
LE CONTEXTE
“S’il y est arrivé, je le peux aussi”, doit inlassablement se dire Lawrence, en pensant très fort à son copain Jarvis de Pulp, cette formation promise aux bas-fonds depuis sa naissance en 1979. Jusqu’au miracle de l’année 1995 et le triomphe de Common People, propulsant au rang de superstar le groupe de Sheffield. Non sans quelques dommages collatéraux. La britpop, mouvement auquel Denim fut associé à sa genèse, vers 1993, peu après la sortie de son excellent premier Lp Back In Denim – un flop retentissant malgré un potentiel ahurissant –, tient toujours le haut du pavé, même si le pot aux roses est sur le point d’être découvert. Considéré par la plupart de ses contemporains comme un génie (Bobby Gillespie lui prête une somme rondelette pour qu’il puisse enregistrer Denim On Ice), l’ancien leader de Felt aurait causé la banqueroute de son label précédent (Boys Own) et vient d’être recueilli, une fois l’enregistrement achevé, par Echo, structure avec le vent en poupe (Baby Bird, Moloko).
LE GROUPE
Vous vous moquez ? On rembobine. Comme Felt était Lawrence et Lawrence, Felt – malgré l’importance viscérale de membres tels Maurice Deebank ou Martin Duffy –, Denim est le produit de la seule imagination démente de son leader ascétique. D’ailleurs, ce dernier s’est même séparé de son alter ego féminin, Siobhan Brookes, pour la simple raison qu’il ne voulait plus “d’un groupe avec une fille, il y en avait trop. Surtout avec une fille aux claviers : Stereolab, World Of Twist… Pulp !” Cultivez la différence, comme ils disent. Et il est ainsi, Lawrence, lui qui utilise les musiciens (ils sont pléthore sur Denim On Ice) dans le seul but de traduire au mieux ses idées, à l’instar du petit surdoué des synthés, Terry Miles, cousin du suscité Duffy.
L’ALBUM
Un chef-d’œuvre absolu. En dix-huit chansons, le garçon jongle avec les styles, les sons, les règles. Il annonce le retour du rock (The Great Pub Rock Revival, en guise de manifeste crâne et glam – en écoute là-haut), la rédemption des eighties (le néo-romantique Synthesizers In The Rain, imprégné des brumes du Vienna d’Ultravox), le retour des mannequins dans le Landerneau pop (le sautillant The Supermodels). De paroles sidérantes (“My gay friend said all naked women look like slaughtered pigs”) en manifestes sociaux (Job Centre, Council Houses), de règlements compte avec la gent féminine en références décalées (Kim Wilde, Spandau Ballet, Da Da Da – bien avant la reprise signée Elastica), Denim On Ice est un disque OVNI, servi par une production d’une précision clinique. Ancré dans le passé mais tutoyant le futur, mariant Aphex Twin au Glitter Band, le Clash à LFO, cet album au graphisme spatial tient autant de l’exercice de style que de l’œuvre futile. Mélodies diaboliques, gimmicks obsédants, synthés éblouissants, guitares métalliques forment une architecture sonore qui n’aurait sans doute pas déplu à Oscar Niemeyer.
LA LAWRENCE TOUCH
Un poème. De sa manie de se brosser les dents avant chaque prise chant à son idée (il en est très fier) d’organiser un Pub Rock Revival Tour dans quatre pubs situés aux points cardinaux de Londres, Lawrence entretient tranquillement sa réputation de personnage fantasque, continuant d’interdire à ses visiteurs d’utiliser ses toilettes.
LA SUITE…
Malgré une poignée de dates britanniques en première partie de Pulp, Denim On Ice finit par hiberner dans les bacs des disquaires. Trop grand, trop délirant… Qu’importe. Congédié par Echo, son auteur a prévu pour 1998 une compilation intitulée Novelty Rock – elle sort finalement dès 1997 sur Emidisc, label dirigé par deux de ses plus grands fans, Bob Stanley et Pete Wiggs de Saint Etienne – et connaît déjà le titre de son troisième Lp : Denim Take Over. Un titre pas innocent puisque Lawrence sait de source sûre que cette œuvre sera celle de la consécration. Malheureusement pour lui, elle n’a toujours pas vu le jour… Rattrapé par son excentricité, l’homme en a profité pour réaliser deux albums pas banals sous l’identité Go-Kart Mozart.