4AD - 13 years itch – an anniversary [une image avec du Kylie Minogue dedans]
4AD - 13 years itch – an anniversary [une image avec du Kylie Minogue dedans]
Lush – Miki and Chris (…), back in 1994, Paris, Place des Vosges
Cocteau Twins chante Pearly-Dewdrops’ Drops
This Mortal Coil chante Kangaroo
Alors qu’on annonce la réédition de la trilogie légendaire de This Mortal Coil [emblème du 4AD du siècle dernier], je me suis dit que je pouvais bien déterrer cet écrit – comme de bien entendu, originellement paru dans magic rpm – concernant le première pierre du grand-œuvre d’Ivo Watts-Russell, It’ll End In Tears. Tout un programme …
LE CONTEXTE
Cette année était attendue avec une certaine appréhension. La faute à George Orwell et son angoissant roman d’anticipation, 1984. Heureusement, dans la vraie vie, “la guerre n’est pas la paix” et en musique, l’underground d’hier émerge à la surface. La new-wave n’est plus très neuve mais trouve un second souffle avec la popularité grandissante de certains de ses fers de lance, tels The Cure, Simple Minds ou Depeche Mode – premier artiste à remplir Bercy, en décembre 1984. En France, Taxi Girl continue de pervertir une pop déjà moderne, alors que le gendre idéal Étienne Daho tient plutôt bien La Notte La Notte…
L’ARTISTE
À une époque où les moyens de s’informer étaient plus rigides, This Mortal Coil fait longtemps figure d’énigme, en particulier à cause de son acte de naissance, un mystérieux maxi réalisé l’année précédente, où l’on découvre trois reprises, dont une ballade en apesanteur du grand Tim Buckley, Song To The Siren. Certes, à la sortie de It’ll End In Tears, les crédits soigneusement précisés permettent de saisir les tâches de tout un chacun, mais on ne sait point qui dirige cet orchestre éclaté. La plupart des invités appartiennent bien sûr à la famille 4AD, des Cocteau Twins au grand complet à Lisa Gerrard de Dead Can Dance, en passant par des membres de Modern English, Colourbox ou The Wolfgang Press … À leurs côtés, se tiennent aussi quelques “cousins”, comme le chanteur de Cindytalk Gordon Sharp (un intime d’Elizabeth Fraser) ou Howard Devoto. Au final, pas grand monde ne se doute que la tête pensante du label, Ivo Watts-Russell, est le grand ordonnateur de ce projet en forme de “supergroupe”.
L’ALBUM
Dissimulé sous une pochette sensuelle et hivernale, It’ll End In Tears (titre annonçant la douleur) incarne la quintessence musicale d’un spleen idéal. Tempo souvent modéré, rythmiques discrètes, nappes brumeuses, guitares réverbérées, cordes sensibles habillent les douze titres enregistrés. Six d’entre eux sont des reprises, qui serviront de passeport aux plus curieux des auditeurs vers d’autres sphères musicales, représentées par le susnommé Buckley (… Siren, donc) ou Big Star, superbement revu et corrigé le temps de Kangaroo (avec la voix trouble de Sharp) et Holocaust (servi par le timbre vulnérable de Devoto). Entre atmosphères élégantes (la pop baroque de Fond Affections ou A Single Wish), ambiances inquiétantes (les litanies de Gerrard) et instrumentaux hypnotiques (The Last Ray), s’est frayée l’évidence mélodique de Not Me, relecture d’un titre de Colin Newman. Sans qu’on le sache encore, ce disque aux charmes crépusculaires lève en fait un voile pudique sur l’identité sonore qui va définir 4AD pour les quatre ou cinq années à venir.
LE QUIPROQUO
Sortie en single l’année précédente, Song To The Siren est interprété par les seuls Liz Fraser et Robin Guthrie, alors couple à la ville comme à la scène au sein de Cocteau Twins – que vient juste de rejoindre Simon Raymonde. Et ils sont donc les seuls à apparaître dans la vidéo sobre et automnale, qui touche un public bien plus large qu’attendu – David Lynch ne s’en est jamais remis. Dès lors, la majorité est persuadée que ce morceau est le fait du groupe de Liz et Robin, qui éclipse complètement l’identité This Mortal Coil. Mais qu’importe… L’ego n’est as encore de mise chez 4AD et la nouvelle notoriété des Cocteau Twins sert aussi les intérêts du label.
LA SUITE
Par deux fois, le projet This Mortal Coil resurgira. En 1986 d’abord, avec Filigree & Shadow, double-Lp pour lequel Ivo est épaulé par un omniprésent Simon Raymonde. En 1991 ensuite, avec Blood, œuvre qui clôt le triptyque de façon plus acoustique. Mais à chaque fois, le principe originel est respecté – interprètes divers, importance accordée aux reprises (Chris Bell, Talking Heads, The Apartments, The Byrds, etc.) – et offre de magnifiques (re)découvertes. L’histoire sera ponctuée en 1993 avec la réalisation d’un superbe coffret : aux côtés des trois albums originaux, un quatrième disque compile les versions originales des titres repris par This Mortal Coil. La boucle était bouclée.
Someone’s Calling? Modern English.
Ariel Pink chante Bright Lit Blue Skies
Cette reprise auraît dû être le tube de l’été dernier. Mais aussi de celui qui s’annonce. Il est encore temps ……