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L’été ne s’arrête jamais avec Saint Etienne

1. Morning Dessert (intro) 
2. You Call This A Merry Go Round - Birgit Lystander 
3. Self Analysis - The Smoke 
4. Prairie Grey - New Colony Six 
5. Flying - Rogério Duprat 
6. Darts - Doug Wood 
7. Summer Snow - Lou Christie 
8. Bart - Ruby 
9. Bird Doggin’ - Gene Vincent 
10. Kenny & Clodagh intro - Clodagh Rogers 
11. Afternoon - John Barry 
12. Electrollentando - H.P. Lovecraft 
13. 57821 - Janelle Monae Feat. Deep Cotton 
14. Oh Caroline - Matching Mole 
15. Another Lonely Night in New York - Robin Gibb 
16. On A Quiet Night - The Association 
17. Ninna Nanna Per Adulti - Ennio Morricone 
18. Libra, The Mirror’s Minor Self - Broadcast and The Focus Group 
19. I Said My Pyjamas & Put On my Prayers - Tony Martin & Fran Warren

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SAINT ETIENNE London Conversations: The Best Of Saint Etienne
(Heavenly Recordings)

À ce stade-là, il n’est même plus question d’évoquer la sempiternelle “pop injustice”. Dans le cas présent, on parlera plutôt de destin : il se devait sans doute d’en être ainsi. Ni plus ni moins. Certes, l’histoire n’est pas encore terminée, mais il semble bien que les dés sont jetés depuis quelque temps déjà.

Alors, non, jamais Saint Etienne ne connaîtra le succès démesuré qu’il aurait dû rencontrer, quand bien même il continue à se bonifier avec le temps – pour preuve, son meilleur et dernier album en date réalisé en 2005, Tales From Turnpike House (2005). Jamais, et en particulier dans nos contrées – un comble pour ses francophiles avérés –, on ne le verra dans la petite lucarne le temps d’une émission dominicale qui lui serait entièrement consacrée. Dans l’Hexagone, le groupe a même “permis” à son copain Étienne Daho de réaliser la pire vente de sa carrière, le temps d’un EP réalisé en étroite collaboration, Reserection (1995). Dans son Angleterre natale, le bilan est moins noir car par deux fois, il a sévèrement flirté avec le sommet des charts. D’abord à la sortie de You’re In A Bad Way (1993), bluette néo-sixties en hommage à Tamla Motown ; puis de celle de He’s On The Phone (1995), nouvelle preuve de la fantaisie débordante du trio… Sincèrement, qui d’autres sur terre aurait pu déceler dans le débonnaire Week-End À Rome du susnommé Daho un quelconque potentiel eurodisco pour une adaptation très gaie et chaudement cadencée ?

C’est justement par des reprises que Saint Etienne a débuté son existence, reprises qui en disaient déjà long sur les désirs et l’éclectisme volubile de ses deux cerveaux, Pete Wiggs et Bob Stanley, copains d’enfance et mélomanes compulsifs originaires de Croydon – oui, comme Kate Moss. En 1990, alors que la scène indie s’est sévèrement mise à l’ecstasy, le tandem enrôle la timide Moira Lambert de Faith Over Reason pour bricoler une version tout en déhanchements lascifs du Only Love Can Break Your Heart (1990) de Neil Young. Piano baléarique, rythmique élastique, melodica fripon donnent le la et marquent le ton d’une formation dont le but avoué est de jongler avec le passé et le présent pour mieux tenter d’appréhender le futur.

Le futur, on ne sait pas encore à quoi il va ressembler lorsque les deux compères s’acoquinent ensuite avec la Néo-zélandaise Donna Savage, chanteuse des Dead famous People aux faux airs de Jean Seberg, pour s’attaquer à Kiss And Make Up (1990), un morceau des chouchous de Sarah Records, The Field Mice. Ils sont ainsi, Pete et Bob : dans leur imaginaire musical, ils aiment par-dessus tout se faire côtoyer artistes historiques et coups de cœur contemporains.

Cette philosophie, on la retrouve tout au long de leur parcours, parcours qu’ils vont finalement suivre en compagnie de Sarah Cracknell, pimpante blonde à la voix caressante, qui rejoint le groupe pour ne plus le quitter sur le troisième simple, porté par un sample aussi hénaurme que génial de Dusty Springfield et dont le titre résonne comme une déclaration d’intention : Nothing Can Stop Us (1991). Dont acte.

S’il ne fallait garder qu’une seule formation pour donner une idée précise aux générations futures de ce qui a pu se passer dans la musique moderne lors de la dernière décennie du XXème siècle et de la première du XXIème, ce serait Saint Etienne. Car, en s’amusant à démêler les fils de la pelote artistique que le trio s’est constituée au cours des années, on explore tant de courants, de genres, de modes que l’on pourrait finir par en perdre la tête. Se plonger dans cette discographie pléthorique, c’est se donner la possibilité de se frotter à l’intelligent techno d’Aphex Twin (le remix de 1993 de Who Do You Think You Are), d’apprécier l’école électro allemande incarnée par To Rococo Rot (la production de l’album Sound Of Water, en 2000), de se plonger dans le néo-folk, d’assister, bien avant que ce ne soit la mode, à des hommages vibrants aux eighties de Factory Records (le single Like A Motorway, en 1994).

Mais aussi de croiser d’anciennes stars alors en voie de rédemption (Stephen Duffy, avant qu’il ne compose pour Robbie Williams), d’apercevoir quelques génies méconnus (le guitariste Maurice Deebank), de découvrir des pépites oubliées de décennies passées, de revivre les aventures de structures mythiques (Heavenly et Creation en Grande-Bretagne, Sub Pop aux États-Unis).

Pour résumer, l’histoire de Saint Etienne est aussi unique qu’elle est multiple – d’autant qu’on ne mentionnera pas ici les divers labels fondés par les deux messieurs, les indispensables compilations ou rééditions supervisées par leur soin, les productions, remixes, compositions livrées à des tiers, sans oublier l’activité journalistique du sieur Stanley. Et cette aventure de ressembler en fait à un jeu de piste passionnant, qui dépasse le cadre musical stricto sensu, les trois comparses s’investissant également dans la réalisation de documentaires captivants, mettant en scène Londres – Finisterre (2003) ou This Is Tomorrow (2007) –, ville au cœur des saines obsessions de nos acolytes depuis leur premier LP, Foxbase Alpha (1991) – le morceau London Belongs To Me, au titre piqué à un roman de Norman Collins.

Bien sûr, on ne retrouve pas tout cela dans London Conversations, quatrième best of recensé (si l’on compte celui uniquement sorti aux États-Unis en 2005, Travel Edition) de ce groupe majeur – dans tous les sens du terme désormais puisqu’il a fêté son dix-huitième anniversaire en 2008 …

Dans sa version double (la simple s’avère trop frustrante ; la triple offre aussi les vidéos), cette compilation pointe du doigt l’essentiel en présentant chaque single jamais réalisé par Saint Etienne, même le cultissime Lover Plays The Bass (1999), à l’origine sorti en vinyle sur le label parisien Kung-Fu Fighting et dont le groove bacharachien et charnel n’a pas pris une ride. Ajouter à cela quelques titres échappés des sept albums studio (en sachant qu’il existe presque autant de disques sortis en catimini bourrés d’inédits, de remixes et autres curiosités), une version du sautillant Burnt Out Car, reliftée par le laboratoire ès-hits Xenomania, et le quasi-inédit This Is Tomorrow (le thème jamesbondien et très classe du documentaire éponyme) et vous saisirez toute la portée de London Conversations.

À l’instar de nos visites dans l’immense capitale britannique, on s’amuse à déambuler dans cet univers bigarré au gré des trente-cinq chansons, sans jamais pouvoir deviner ce qui nous attend au prochain couplet, au prochain refrain, au prochain pont. Indie house béate (Join Our Club), electro inflexible (Heart Failed – In The Back Of A Taxi), soul moderne (Spring), pop rêveuse (Avenue) ou aristocratique (Lose That Girl) se télescopent en un feu d’artifice mélodique. D’accent hispanisant (l’entraînant Pale Movie) en manifeste avant-house (Action), d’énième reprise miraculeuse (Who Do You Think You Are) en célébration d’un spleen idéal (Teenage Winter), Pete, Bob et Sarah réalisent l’exploit de faire partager leurs fantasmes sans pour autant se poser en donneurs de leçons.

Au contraire, ces gens-là ont fait de la générosité leur principal moteur, divulguant leurs influences pléthoriques dans le secret espoir d’éveiller chez les autres une semblable curiosité. À la fois professeur minutieux et élève surdoué, Saint Etienne nous convie, entre mélodies ourlées et arrangements baroques, violons angéliques et accents synthétiques, à écouter ses London Conversations : vous auriez tort de faire (une fois encore) la sourde oreille.

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Saint Etienne in Sweden  (© Paul Kelly)

Saint Etienne in Sweden  (© Paul Kelly)

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"I don't think you cannot be anything but subjective about Pop. As soon as you try and be objective […], you find you are talking about music" Alistair Fitchett

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