RIP Trish Keenan – again…
Je l’évoquais dans un post précédent, cette prestation au festival de Benicassim, en oaût 1997. Éric Pérez n’était pas loin. Et parmi d’autres, a pris ces deux photos …
RIP Trish Keenan …

La première rencontre, elle remontait au printemps 1997. Broadcast sortait sur Warp, histoire de sceller son union avec le label de Sheffield, une compilation de ses premiers singles – deux parus sur Duophonic, le label de Stereolab (le manager de ces derniers, Martin Pike, est depuis aussi resté le leur), et un sur Wurlitzer Jukebox.
J’étais parti à Londres pour les voir jouer au Dingwalls. Ils partageaient l’affiche avec deux ou trois autres groupes – que j’ai oubliés. En revanche, je me souviens que Bobby Gillespie était dans la salle – souvent un bon signe. Et que Broadcast faisait preuve sur scène d’une maîtrise fascinante, recréant leurs volutes mélodiques et hypnotiques avec une naïveté teintée de morgue quasi-scientifique. Comme on pouvait s’en douter, au moment de l’interview réalisée après la balance, ils s’étaient montrés d’une timidité sans borne – alors que Trish dissimulait ses yeux derrière une frange impeccable. Courtisés par Emidisc – la structure fondée par Bob Stanley de Saint Etienne – et Mo’Wax, ces jeunes gens de Birmingham avaient donc préféré le label du Nord, qui, mine de rien, commettait là l’une de ses premières infidélités au tout électronique. Comme on le comprenait …
Mélomanes boulimiques, elle et eux citaient à l’envi des bandes originales (celles d’Hermann et Morricone en tête), dissertaient sur The United States Of America (formation culte des late sixties et influence majeure du groupe à ses débuts), causaient musique concrète et Brigitte Fontaine. Ils sculptaient surtout le son pour inventer des chansons, et avançaient à tâtons pour ne jamais sombrer dans la facilité.
Deux mois plus tard – ou quelque chose dans ce goût-là –, je les avais revus sur la petite scène du Festival de Benicassim – qui se tenait encore au fameux vélodrome –, alors que la tempête menaçait. Sous un ciel d’encre, en toute fin d’après-midi, les chansons de Broadcast avaient redoublé d’étrangeté mélancolique et de beauté vénéneuse, interprétées par une Trish Keenan imperturbable, malgré le vent qui secouait le chapiteau.
Et puis, plus ou moins, le groupe disparut. Pendant trois ans. Avant de sortir, toujours chez Warp – label auquel Broadcast est resté fidèle –, son premier véritable LP, joliment intitulé The Noise Made By People. J’avais alors pris un avion, au début de l’an 2000 pour les rencontrer dans leur ville natale. De ce que j’avais appelé leur “révolution permanente”, le batteur Steve Perkins avait fait les frais. Le groupe avait éclusé quelques producteurs, jeté à la poubelle un bon nombre d’idées avant d’être satisfait de ses compositions – réunies sur un disque dense et fascinant. Trish parlait à voix basse.
Nous avions bu du thé et parlé des voisins Plone et Pram, de TUSOA encore une fois. De Squarepusher, aussi, qui était venu montrer la voie en studio. pendant deux heures et quelque, j’avais dû penser très fort à la Nico de Chelsea Girl et à Françoise Hardy – allez savoir pourquoi … Puis, j’ai pris congé sans imaginer que le groupe allait finalement se réduire, au fil du temps, à un noyau dur formé de Trish et James Cargill – auteurs de disques toujours aussi ensorceleurs, entre electronica vintage et pop désaxée, images parfaites pour illustrer la notion abstraite de rétrofuturisme. Sans penser non plus que je ne les croiserai plus – si ce n’est lors de concerts, ici ou ailleurs. Sans penser que Trish Keenan nous quitterait si tôt. Trop tôt.
PS. En écoute, THE BOOK LOVERS, le morceau avec lequel j’ai découvert Broadcast. Il y a quinze ans.
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